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Jan 26

À propos d’une émission de M6

Reconnaissons à l’émission « Capital » une honnêteté : son titre. Il s’agit en effet bel et bien de l’expression télévisée et destinée au grand public du Capital, au sens où l’entendait Marx. Or dimanche soir dernier, il s’est exprimé clairement : pour le Capital aujourd’hui, la démocratie représentative, le Parlement et plus particulièrement l’Assemblée nationale, même sous la forme « rationalisée » que lui accorde la Constitution de la Ve République, est un luxe qu’il ne peut plus se permettre. Le mot de la fin : « la présidence de la République coûte 6 fois moins cher que l’Assemblée nationale » résume en toute innocence le propos : 577 députés élus au suffrage universel (moins que les seuls élus du Tiers État aux États généraux de 1789) et l’ensemble des collaborateurs, fonctionnaires et contractuels qui travaillent pour eux afin de leur permettre d’exercer librement et le mieux possible leur mandat disposent d’un budget 6 fois supérieur à celui du seul Président de la République, et c’est insupportable … L’heure serait donc au « sauveur suprême » ? On n’ose croire que c’est l’analyse des auteurs du reportage.

La partie consacrée aux fonctionnaires parlementaires n’est dès lors qu’un aspect de ce grand projet, résumé par l’inénarrable et inusable représentante de l’IFRAP : en finir avec les services publics et à terme l’État, non parce que la satisfaction des besoins le rendrait un inutile instrument de coercition dans une République fraternelle mais pour pouvoir exploiter la force de travail en toute liberté et sans obstacle ! Nous avons eu droit à tout ce que la mauvaise foi et l’approche biaisée peut offrir lors d’un reportage, de l’assiette de calcul des pensions citée sans préciser que le résultat est un taux de remplacement inférieur à 45% pour une carrière complète, elle-même de plus en plus rare, jusqu’aux traitements évoqués sans rappeler qu’ils sont liés à la déréglementation du travail et à une disponibilité totale, en passant par les quelques logements de fonction sans préciser qu’ils sont la contrepartie d’astreintes et payants, etc.

Au Premier questeur demandant les salaires de journalistes de M6, il est répondu : vous êtes payés par nos impôts, nos financements sont privés… Mais d’où vient cet argent « privé » au-dessus de toute critique ? Puisque nous en sommes aux rappels historiques : de l’exploitation du travail salarié et de son corollaire : la spéculation, les dettes privées remboursées sur fonds publics, etc. Un service public de qualité coûte bien moins cher au « contribuable » que les externalisations et marchés multiples, mais ce n’est pas la préoccupation de Capital : il convient donc de remettre sur le marché, de nourrir la spéculation, d’offrir des débouchés à « l’argent toujours bourgeonnant » en lui offrant tout ce que les luttes lui avaient arraché depuis deux siècles : éducation, santé, retraites, droit du travail et même les formes démocratiques de l’État … bref, tout ce qui constitue les bases de la civilisation.